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L’avenir des petites entreprises canadiennes de l’autre côté de la crise du COVID

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Par: Stéphane Marceau, chef de la direction de Thinking Capital

Je suis le PDG de Thinking Capital, le plus grand fournisseur non bancaire de crédit aux petites entreprises canadiennes. Notre société est au service des “petits” de l’économie canadienne — les restaurants, les petits magasins de détail, les salons de beauté et les entrepreneurs indépendants qui font vibrer nos communautés. Nous sommes les témoins directs des difficultés des propriétaires de petites entreprises canadiennes à travers cette crise. Leur résilience et leur détermination à survivre nous inspirent à chaque jour. Mais nous savons que plusieurs d’entre eux ne parviendront pas à passer de l’autre côté. Ceux qui y parviendront devront sans aucun doute relever de nouveaux défis et trouver comment rebondir dans un monde changé. Comment vont-ils s’y retrouver ?

La plupart des théories économiques classiques ne s’appliquent pas ici, c’est pourquoi nous avons décidé d’adopter une première approche de principe et de partir de quelques questions simples : À quoi ressemble le monde pour la propriétaire d’une petite entreprise à Shawinigan (ou Kelowna, ou Mississauga, ou Lethbridge) lorsqu’elle commence à balayer les sols poussiéreux de son entreprise aux volets fermés ? Quels défis devra-t-elle alors relever et quelles décisions difficiles devront être prises ? De quel soutien aura-t-elle besoin à ce moment-là, et qui lui apportera cette aide ?

Niels Bohr, le célèbre physicien quantique, a déclaré que “la prédiction est très difficile, surtout si elle concerne l’avenir”. Reconnaissant le risque de l’exercice, nous avons établi nos prévisions afin de suivre la prescription de Gretzky “de patiner dans la direction de la rondelle”, et de nous préparer à être efficaces de l’autre côté de la crise, dans un paysage changé à jamais.
En résumé, nous voyons cinq réalités qui façonneront le paysage des petites entreprises au Canada après la crise :

  1. L’émergence sociale sera graduelle et les petites entreprises devront s’atteler à la reformulation de modèles d’entreprise à faible revenu pendant au moins un an.
  2. Les propriétaires de petites entreprises devront faire face à une base de consommateurs au pouvoir d’achat considérablement réduit et à un comportement de consommation retenu en général, même après la réouverture.
  3. Les changements de comportement des consommateurs et l’altération des chaînes d’approvisionnement créeront des opportunités perturbatrices et aussi porteuses pour les petites entreprises de demain. Une nouvelle vague de start-ups et d’entreprises transformées va émerger pour répondre aux nouveaux paradigmes du marché.
  4. Plusieurs petites entreprises qui survivront à la crise seront confrontées à la perspective décourageante de se sortir d’une montagne de dettes accumulées en raison de la crise, et pour beaucoup d’entre elles, la faillite pourrait être la seule option.
  5. Une intervention accrue des pouvoirs publics dans l’économie des petites entreprises sera nécessaire et assumée pendant un certain temps.

Les petites entreprises à travers COVID

Les données internes de notre entreprise indiquent que les ventes de terminaux de paiement pour les petites entreprises ont diminué de 60 % par rapport à une semaine de référence en début février. Déjà, un tiers des petites entreprises au Canada ne savent pas si elles pourront un jour rouvrir, selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante.

Il est difficile de surestimer l’impact désastreux que de telles statistiques annoncent pour l’économie canadienne. Les 1,2 millions de petites entreprises du Canada génèrent plus de 40 % du produit intérieur brut du secteur privé. Elles emploient 7 personnes sur 10 de la main-d’œuvre du secteur privé, selon Statistique Canada.

Nous constatons déjà les premiers effets stupéfiants de leur fermeture, avec des millions de demandes d’assurance emploi déposées depuis le début de la crise COVID-19.

Le gouvernement a, à juste titre, adopté des mesures de relance pour soutenir l’économie des petites entreprises à court terme, comme en témoignent la subvention salariale d’urgence du Canadale programme de crédit aux entreprises et le compte d’urgence pour les entreprises du Canada. Ces programmes prolongent l’allègement nécessaire de la masse salariale et garantissent la disponibilité de capitaux d’emprunt pour aider les petites entreprises à traverser une période indéterminée de fermeture totale ou partielle. Ils figurent parmi les meilleurs outils disponibles, mais la boîte à outils est incomplète.

La solution miracle pour compléter l’arsenal est probablement à des mois ou des années près, et viendra de la communauté médicale et de la recherche, et non de la communauté économique. Le consensus n’a pas encore été atteint quant à l’efficacité des thérapies potentielles, et les meilleures estimations concernant le calendrier de distribution des vaccins à grande échelle se situent fin 2021.

Dans l’intervalle, et en supposant une sortie progressive de l’isolement social presque complet dans les 3 ou 4 prochains mois, les gouvernements du monde entier devront faire preuve de prudence. Comme l’a souligné Tomas Pueyo dans son article largement diffusé dans Medium “Coronavirus: The Hammer and the Dance”, les gouvernements tenteront probablement d’optimiser une formule d’engagement sociétal admissible qui oriente la trajectoire du virus vers le bas, mais la reprise ne sera pas une croissance linéaire. Elle sera plûtot caractérisée par de multiples hauts et bas.

1. L’émergence graduelle

En s’inspirant du fameux écrivain Mark Twain, nous affirmons serènement que les annonces de décès de l’industrie de la restauration ont été grandement exagérés. Les restaurants sous diverses formes existent depuis des siècles, et nous pouvons compter sur la nature grégaire de l’esprit humain pour nous rassembler afin de rompre le pain. La livraison ne sera tout simplement pas un substitut à long terme.

Cependant, la reprise complète prendra du temps.

Bien que l’ordre soit difficile à prévoir, on peut s’attendre à un retour progressif des industries et des activités, en équilibrant leur importance sociale et économique, et leur propension à propager l’infection. Nous anticipons dans l’ordre chronologique directionnel :

i. La construction, le commerce et d’autres industries essentielles au fonctionnement de la société commenceront à rouvrir en juin

ii. Les petits rassemblements seront autorisés en juin ou juillet

iii. Les restaurants rouvriront sur une base contrôlée et limitée en juillet ou en août

iv. Les employeurs commenceront à ramener une partie des employés mis à pied temporairement en juillet ou en août

v. Le commerce de détail reviendra lentement au cours de la deuxième moitié de 2020

vi. Réouverture des écoles en septembre

vii. Les clubs, sports, loisirs et autres activités à forte densité commenceront à rouvrir en 2021

viii. Les voyages internationaux commenceront à se multiplier à la mi 2021

Les établissements de restauration, comme plusieurs autres petites entreprises, devront fonctionner dans un monde où les consommateurs ne reprennent que lentement confiance dans la sécurité de leurs établissements. Les entreprises seront probablement réglementées de manière à réduire la densité de la clientèle, si la demande des consommateurs ne s’y conforme pas naturellement. Chaque entreprise devra réévaluer sa viabilité financière avec des recettes courantes plus faibles, et ajuster ses structures de coûts en conséquence.

2. Une consommation déprimée

Les petites entreprises de la plupart des secteurs économiques seront confrontées à un défi supplémentaire : les effets économiques et sociaux persistants continueront à déprimer l’activité économique, même après la réouverture.

Les dépenses de consommateurs resteront probablement modérées pendant un certain temps. Selon une récente enquête de McKinsey, 44 % des consommateurs américains ont déclaré qu’ils retardaient leurs achats discrétionnaires en raison des perspectives économiques incertaines. Quel que soit le moment où le taux de chômage atteindra finalement son maximum, il restera probablement élevé longtemps après la suppression de la pandémie. Pour de nombreux travailleurs canadiens, les entreprises qui les employaient n’existeront plus. Les entreprises qui survivront hésiteront probablement à recruter du personnel immédiatement, car elles seront à court de liquidités et de confiance économique, et craindront de futures mesures de distanciation sociale.

De nombreux consommateurs, même si et quand leur emploi reprendra, auront plusieurs mois de loyer et de paiements hypothécaires différés à rattraper. Il est juste de supposer que les dépenses discrétionnaires continueront à être considérablement réduites, car les consommateurs à court d’argent donnent la priorité aux achats essentiels. Les entreprises de biens et de services discrétionnaires, comme les détaillants haut de gamme, devront faire face à une clientèle dont le pouvoir d’achat est considérablement réduit.

3. Changements comportementaux et structurels

Le commerce de détail, une industrie qui était confrontée à une menace existentielle avant la COVID-19, sera encore plus entravée par les changements de comportement des consommateurs catalysés par la crise. Selon l’enquête McKinsey, 15% des consommateurs américains ont commencé à se tourner vers le commerce électronique pour des achats de base comme l’épicerie. Alors que certains consommateurs pourraient revenir aux achats en magasin une fois la crise passée, pour d’autres, le passage au commerce électronique restera en place et les achats en épicerie deviendront chose du passé.

Certaines entreprises, comme celles qui se sont appuyées sur le commerce électronique ou qui ont réussi à établir une forte présence en ligne grâce au confinement relié au COVID, sortiront probablement de la crise avec des vents considérables dans les voiles. Les restaurants qui ont une forte distribution par livraison bénéficieront également d’une société qui, au moins temporairement, continuera de préférer manger à la maison.

La prise de conscience collective du fait que nos chaînes d’approvisionnement mondiales sont plus fragiles que nous le pensions va probablement entraîner une vague de diversification des chaînes d’approvisionnement. Cela signifiera le rapatriement de certaines opérations de fabrication, en particulier celles des biens essentiels. La Banque de développement du Japon, qui appartient au gouvernement, a déjà annoncé des plans visant à subventionner les coûts de réinstallation des entreprises qui ramènent leur production au sein du pays. La propagation de cette tendance au Canada créera des opportunités considérables pour les petites et moyennes entreprises qui sont capables de capitaliser sur un nouveau désir d’approvisionnement local.

4. Une charge d’obligations écrasante

Malgré la création de nouvelles opportunités, cette crise blessera bien plus d’entreprises qu’elle n’en propulsera.

Les petites entreprises qui survivront jusqu’à la fin de la crise et réussiront à rétablir un modèle de revenus viable devront encore faire face aux ravages de la crise sur leur bilan. De nombreuses petites entreprises seront entrées dans la crise avec des niveaux élevés de dettes garanties et non garanties. L’effet de levier existant n’est pas pris en compte dans les critères d’éligibilité du Compte d’urgence canadien pour les entreprises, ce qui signifie que de nombreuses petites entreprises ajouteront jusqu’à 40 000 dollars à un bilan déjà endetté.

Les entreprises qui ont bénéficié d’un report de loyer devront rattraper leur retard. De nombreuses entreprises auront retardé leurs versements d’impôts à l’Agence du revenu du Canada. Beaucoup d’autres auront des mois de retard avec leurs fournisseurs.

Lorsque les programmes d’aide gouvernementaux seront épuisés, les petites entreprises devront chercher ailleurs des capitaux pour consolider leurs passifs et soutenir leur redressement. Si l’on en croit la crise financière de 2008–2009, les banques se seront fortement retirées du secteur des petites entreprises, plus risqué. Le secteur des prêts FinTech, qui est né du vide créé par ce retrait, aura également été touché par la crise. De nombreux autres prêteurs n’existeront plus et l’offre de capitaux privés aux petites entreprises sera considérablement réduite.

Face à la perspective décourageante de se sortir d’une telle situation, de nombreuses petites entreprises se demanderont si la faillite est une voie préférable. Nombreuses d’entre elles choisiront de se retirer et de redémarrer. On peut supposer que la majorité des propriétaires de petites entreprises préféreront finalement redémarrer plutôt que chercher un chèque de paie auprès d’une grande organisation. On peut également supposer que les grands employeurs n’embaucheront pas en masse. Par conséquent, nous assisterons probablement à une forte reprise de l’activité entrepreneuriale à la fin de 2020 et en 2021…

L’intervention profonde du gouvernement devient la nouvelle norme

Cette crise n’a pas été provoquée par les petites entreprises, mais elles sont parmi ses victimes. Une intervention gouvernementale permanente sera nécessaire maintenant et à l’avenir pour soutenir l’économie des petites entreprises. Sans elle, nous nous inquiétons de ce à quoi ressembleront nos communautés. Les grandes entreprises mondiales comme Walmart, Costco, McDonalds et Starbucks ont des bilans et des chaînes d’approvisionnement solides. Elles résisteront à cette tempête et continueront à gagner aux dépens des petites entreprises, en colonisant nos coins de rue et nos communautés.

Nous croyons que les actions et le soutien suivants seront nécessaires pour protéger les petites entreprises canadiennes et les communautés qu’elles desservent :

Exécution efficace des programmes de soutien : Les petites entreprises auront avant tout besoin d’un accès rapide aux programmes qui ont été annoncés pour les soutenir jusqu’à présent. Cela signifie un déploiement rapide de la subvention salariale d’urgence du gouvernement, et une distribution efficace et rapide des capitaux de prêt garantis par le gouvernement par tous les canaux disponibles. La rapidité de la distribution est essentielle. Les petites entreprises auront également besoin d’un report de paiement de la part de tous les fournisseurs qui peuvent se permettre de prolonger les délais, et d’un allègement des loyers cautionné par le gouvernement.

Allégement de la dette : Le programme du Compte d’urgence canadien pour les entreprises prévoit une remise de 10 000 $ du capital du prêt si une petite entreprise est en mesure de rembourser les premiers 30 000 $ d’ici le 31 décembre 2022. Cette mesure sera presque certainement insuffisante. L’obligation de rembourser le capital d’aide du gouvernement accordé aux petites entreprises afin de pallier à une fermeture ordonnée par le gouvernement ne doit pas faire la différence entre la réussite et l’échec des petites entreprises. Une fois que les nouvelles créations par le biais du programme auront cessé, le gouvernement annoncera probablement l’exonération totale des prêts.

Pour les dettes privées et autres obligations accumulées en période de crise, comme les reports de loyer et les factures de fournisseurs en souffrance, les petites entreprises devront trouver une voie de désendettement. Elles auront besoin d’outils pour consolider leur passif, et de plans de paiement à long terme, liés à la reprise de leurs ventes, pour sortir progressivement de la crise.

Stimulation de la demande : les petites entreprises devront trouver des solutions pour assurer leur viabilité financière dans un monde où les clients sont moins nombreux au départ et dont le pouvoir d’achat est déprimé. Il faudra donc que gouvernements prennent des mesures de relance supplémentaires pour accélérer la demande. Le gouvernement chinois, par exemple, a émis des coupons numériques pour inciter les consommateurs à faire des achats. Le secteur privé devrait également utiliser des solutions, comme des outils au niveau microéconomique pour prolonger les délais de paiement des consommateurs et améliorer la conversion des commandes.

Accès aux ressources pour soutenir la reprise : Une fois la crise immédiate passée, les petites entreprises auront besoin d’accéder à des capitaux pour reconstruire leurs activités — ou en créer de nouvelles. Elles devront reconstituer leurs stocks, réembaucher des employés et investir pour attirer des clients.

Les entreprises qui éviteront la faillite, comme celles qui ne l’éviteront pas, auront besoin d’outils pour reconstruire leur profil de crédit. Les outils de crédit elles-mêmes, telles que le score FICO et Beacon, devront être revues ou même réinventées. Comment pouvons-nous juger de la propension à respecter les obligations de paiement dans des circonstances inédites en nous basant sur les performances de crédit de circonstances normales?

Les banques, peu enclines à prendre des risques de crédit pour les petites entreprises dans des conditions économiques fortes, et certainement aussi dans des conditions difficiles, vont probablement se retirer. Cela signifie que le gouvernement devra être prêt à continuer à fournir des capitaux aux petites entreprises directement, ou à travailler avec des prêteurs numériques non bancaires du secteur privé, comme Thinking Capital, qui ont l’expertise et la tolérance au risque nécessaires pour accorder des crédits à l’économie des petites entreprises.

Les petites entreprises après le COVID

Nous apprenons en temps réel sur ce nouveau virus et sur la maladie qu’il provoque. L’impact économique de nos tentatives afin de le contenir devient également de plus en plus clair.

Alors que la société et le gouvernement agissent rapidement pour contenir la propagation du virus et atténuer les dommages économiques à court terme, nous devons également envisager un avenir au-delà du COVID. Nous devons planifier dès maintenant l’impact à long terme que cette crise aura sur nos petites entreprises et, par conséquent, sur nos communautés.

Nous devons développer et mettre en œuvre le soutien, l’aide, les outils et les infrastructures dont nos entrepreneurs locaux auront besoin pour émerger des cendres de cette crise et prospérer à nouveau.

Comment la FinTech peut aider

Les entreprises comme Thinking Capital auront un rôle crucial à jouer pour soutenir les petites entreprises pendant la crise et les aider à se reconstruire par après.

Nous avons proposé nos services au gouvernement et aux banques afin d’accélérer le déploiement des capitaux de secours d’urgence. Nous continuons à croire que personne ne peut mettre les fonds de sauvetage entre les mains des propriétaires d’entreprises qui en ont désespérément besoin plus rapidement et plus efficacement que nous.

La prochaine vague de start-ups et d’entreprises transformées qui trouveront des moyens de capitaliser sur les opportunités émergeant de cette crise aura également besoin de ressources et d’outils pour lancer et développer leurs activités. Elles s’appuieront également sur les plates-formes de prêts numériques pour leur fournir la force de frappe dont elles ont besoin.

Les petites entreprises de demain devront faire face à un monde changé, avec des paradigmes économiques et comportementaux différents de ceux des petites entreprises d’hier. Elles devront agir rapidement pour s’adapter et capitaliser, et elles auront besoin de partenaires financiers qui pourront les accompagner. Les anciennes méthodes de souscription et de prêts ne fonctionneront pas. La croissance continue de l’industrie « FinTech » accompagnera inévitablement ce paysage changeant.